L'existence même de ce blog résulte d'une volonté d'information de ma part vis-à-vis d'une formation excellente à mes yeux mais en crise en ce moment, la prépa d'arts appliqués.
Cependant, je pense que ce serait utile de donner ici un petit regard, en ce mois de mars sur la manière dont je vois, moi, ces quelques mois que j'ai déjà passé au cinquième étage de l'esdra, dans le nid des prépas.Le premier de plusieurs témoignages d'élèves actuels ou anciens de prépa, qui rendront mieux la réalité et l'ambiance de cette classe particulière.
PS : désolé pour cette débauche de "je" et de "moi", mais, comme pour les posts sur les dossiers persos, c'est encore pour la bonne cause: à force de pudeur et de retenue, on en arrive à une absence totale d'infos et de témoignages sur ce que sont vraiment les formations d'arts appliqués, du point de vue du contenu, de l'ambiance, du niveau. Voilà pourquoi je vais me permettre d'être aussi subjectif et partial. J'espère que ce sera compris.
Premier point sur le travail:
Pour ma part je travaille environ 4h par jour en dehors des cours, que je répartis entre le midi et le soir. Des fois c'est plus, mais ce n'est jamais moins. Le week-end, c'est un jour et demi de boulot en gros. En charrette, c'est parfois tout le week-end, vendredi et dimanche soirs compris.
La prépa est une course de fond. On se fixe un planning assez strict qu'on suit plus ou moins, mais on se contraint à un certain rythme et à une certaine régularité.
Physiquement, cela signifie se coucher et se lever à peu près aux mêmes heures en semaine et le week-end pour garder un bon rythme biologique: pour ma part c'est minuit-7h, mais j'ai des copains de prépa littéraire qui descendent sous les 6h de sommeils sans fatiguer, cela dépend donc de la constitution physique de chacun. Faire des pauses les plus courtes possibles mais de manière régulière. Se mettre vite au boulot quand on rentre, vite se coucher quand on a fini.
Scolairement, cela signifie aussi pour moi s'astreindre à aller voir des boulots d'artistes, designers, architectes une heure par jour, à lire chaque jour un petit bout de chacun des deux bouquins que je lis à la fois, à toujours relire les cours de la journée passée et préparer ceux du lendemain, devoirs ou pas.
Proportionnellement, je consacre environ un tiers de mon temps aux devoirs qu'on nous donne, et les deux autres tiers aux lectures, à la culture, à la préparation de la deuxième année, et à mes projets persos.
En fait, les boulots à rendre sont assez légers (ça a l'air d'être aussi le cas pour des amis à moi qui sont en bts produit ou com), surtout quand on travaille bien en cours et qu'on est à l'aise avec les planches. On peut s'en tirer en arts appliqués en travaillant beaucoup moins que 4h par soir. D'autant que les notes ne s'en font pas ressentir tant que ça: quelqu'un qui bosse a de meilleures notes que quelqu'un qui ne bosse pas, mais pas tant que ça. En clair, les notes vont en général de 6 à 14-15, avec un grand nombre de notes autour de 11. Ca ne monte pas très haut et ça ne descend pas très bas, alors qu'il y a des fois de très gros écarts entre les projets: cela résulte de la stratégie de Lyon visant à encourager les plus faibles plutôt que de les enfoncer.
Ainsi, en bossant "en charrette" à deux jours des rendus certains arrivent à rester corrects, mais je pense que sur la longueur les différences se feront beaucoup plus sentir (à suivre en deuxième année...)
Sur la motivation:
Je suis un de ceux qui veulent absolument l'ens. Pour faire prof et travailler pour l'état bien sûr, mais aussi pour raisons pécunières qui font que je ne peux pas faire d'études à Paris sans ce salaire si intéressant. D'autre part, j'étais passionné par le dessin depuis tout petit et je me construis un projet et une ambition dans les arts appliqués depuis la troisième environ, je suis donc très très motivé.
Nous sommes 3 à vouloir vraiment l'ens dans ma classe, mais il faut rappeller que ma promotion est très particulière et que vous ne serez pas confrontés à cette situation si vous tentez l'an prochain: le fait d'avoir 9 généraux sur 13 élèves de prépa est très exceptionnel.
Sur la formation
Primo, la prépa de Lyon présente des profs très bons pour la plupart. Des gens vraiment intéressants qui vous apporteront beaucoup au niveau d'une manière de penser, d'une approche à la fois raisonnée et très ouverte, qui me satisfait beaucoup. Mention spéciale à l'intelligence et la pédagogie d'une prof qu'on a un peu en première année et beaucoup en seconde qui pour ma part suffit à justifier ma présence là-bas, et à quelques autres en théorie et en pratique qui valent vraiment leur pesant de cacao.
D'autre part, les cours sont vraiment passionnants. On regrette de ne pas avoir des journées de 48 heures pour aller lire tous les bouquins qu'ils nous disent de lire et approfondir tous les projets qu'on fait autant qu'il le faudrait, mais c'est quand même très jouissif. Toujours 6 projets en même temps, 5 lectures et cours scolaires et persos, 3 préoccupations plastiques sur "bon sang mais il va sortir ce style ou quoi", non vraiment, c'est super! Quand il y en a plus il y en a encore, et puis c'est tellement plaisant de se voir progresser semaine après semaine, mois après mois, "tiens je sais faire ça maintenant", "tiens mais mes peintures ont évoluées?!", "ah non dans ce bouquin le type dit n'importe quoi il n'a pas lu machin truc qui prouve exactement le contraire!".
Pour ma part, qui ai un caractère foncièrement polyvalent (jamais excellent, mais toujours bon et intéressé par tout), je m'épanouis complètement dans ce type de formation, qui serait un paradis si les élèves étaient un petit peu plus concernés et les débouchés un peu plus attrayants encore (du genre rentrer en troisième année dans les écoles, et non en première puisqu'on a quand même un bac+2) ... Mais la formation en elle-même et pour elle-même, est vraiment une chance et un privilège.
Equilibre personnel et créatif:
En rentrant en prépa pour ma part, ma grande peur était cependant liée à la réputation de "formatage" inhérente aux prépas que j'avais évité à tout prix auparavant dans le cadre d'établissements qui favorisaient grandement ce phénomène.
Or il est vrai que ça va très vite. Ce foutu désir de plaire ... qui vous change petit à petit en quelque chose que vous ne désiriez pas. Il faut avoir un grand recul vis-à-vis de ce qu'on fait, et un gros caractère (non pas être une de ces grandes gueules qui crient beaucoup et disent souvent non mais qui ne sont au final pas très originales): il faut toujours garder un regard critique et une envie, et essayer de ne pas trop s'aliéner et s'étouffer dans ce microcosme qu'est l'univers des arts appliqués.
Ma solution et ma stratégie est de garder à tout prix un pieds au dehors de tout cela. Cela passe par des passions que je satisfais qui ne sont pas directement liées au design (musique), mais aussi par l'entretien soigneux de relations avec des amis qui ne sont pas dans la création, ou encore plus fondamentalement par la poursuite de projets personnels en design et en arts à côté des cours.
Pour ma part je ne pourrais pas "survivre" sans penser à des projets qui dépassent le cadre des concours et des volontés des profs. Cela passe par des recherches sur le net, des lectures, mais aussi des projets réels que j'essaie de faire en partenariat avec des gens extérieurs à la prépa, pour m'obliger à ne pas abandonner, et pour éviter la consanguinité.
En discutant avec mes amis qui sont en bts, on est d'accord sur le fait qu'il est vital d'avoir des activités créatives hors du cadre scolaire, parce que quand l'apprentissage scolaire consiste à être créatif, on encourt le risque de créer scolairement.
Et puis, cela permet de se rappeler pourquoi on fait tout ça autrement que pour de l'argent et une carrière ...
Bye bye
Il y a 2 ans
3 commentaires:
où peut on voir certains de tes projets perso?
stp
Bonjour !
J'ai une question assez pragmatique à poser x) Je viens d'être acceptée en CPGE Art appliqués à Lyon (La martiniere Diderot) et je voudrais savoir s'il y a cours le samedi matin ? En effet, je viens de Toulouse et j'aurais besoin de cette info pour savoir si je pourrais rentrer parfois le week end. On m'a redirigée vers ton blog qui est, soit-dit en passant, très complet et bien écrit (:
Voilà, si tu as une réponse ... Sinon, merci quand même !
Je découvre ton blog, c'est une mine d'informations. J'ai pu y lire que tu as des échanges avec des amis qui sont en BTS. Peux-tu me dire la différence fondamentale entre les 2 ? A ce jour je suis admise en CPGE à Toulouse, et toujours sur liste d'attente en MANAA (Toulouse également). Je ne sais pas trés bien si j'accepte ou si j'attends. Est-il plus prudent de commencer par une MANAA puis BTS ? Les contenus sont-ils trés différents dans le fond et la forme, est-ce trés important pour la poursuite des études supérieures ? Je suis en S avec 11.5 de moyenne sur les classes de 1ére et term. Quels sont les élèments essentiels à prendre en compte pour m'aider à orienter mon choix ? Je suis un peu perdue et doit donner une réponse dans quelques heures. Merci. En attendant je vais encore parcourir ton blog.
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